Quand j'ai quitté ton pays, ou je venais de passer quelques mois, ton sourire, petit Herizo, m'a poursuivie. Dans ce pays, les corbeaux peuvent voler sur le dos pour ne pas voir la misére. Mais moi, j'ouvre les yeux et je regarde. Alors, quand je te vois, petit Herizo, je reprends espoir pour toi et ton ile rouge. Ton pull est plein de trous et te protége bien mal, tes pieds sont nus mais tu sais rester digne et sourire encore... Sourire malgré ton estomac qui parfois crie famine, sourire quand ton père harassé par sa journée de travail dans les rizières rentre enfin à la maison, sourire à ta mère lasse, à tes frères qui, comme toi, ont parfois un peu faim, sourire encore, sourire toujours.
Et j'en arrive à t'envier quelquefois, moi la nantie, la richesse des pays sous-développés du sourire : j'envie ta belle sérénité face à l'adversité, j'envie ta foi inébranlable en ton destin, j'envie ton sourire et ta dignité.
Que vas-tu devenir ? Cultivateur, comme ton père ? Tu ne sais pas et tu t'en fous, petit Herizo. Les élections, la crise économique, la banque mondiale, tu t'en fous petit Herizo. Le premier ministre, les magouilles, les plans d'ajustements structurels, tu t'en fous petit Herizo. Tu avances, pieds nus et souriant, vers ton avenir, heureux... parce que tu es vivant !